![]() |
![]() |
||
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
|
|||
|
À propos Manchettes Plan du site |
Le Saint-Alexandre d'il y a soixante-dix ans3e partie La musique aussi manifesta sa présence au Collège. En 1932, la schola Saint-Ambroise coexistait avec les Chanteurs du Bon-Temps où se faisaient valoir les folkloristes Tittley, Côté, Legault et Préseault avec mon frère Paul au piano. Suivirent, en 1936, les Ménestrels de Saint-Alexandre dirigés par le puissant ténor spiritain Frédéric Heudes. Et qui peut oublier le violon d'Yvon Moranville et l'orgue du frère Épiphane, coeurs vaillants et doigts trémulants? Puisque nous voilà à la chapelle, admirons les grandes toiles du sanctuaire ainsi que l'autel central aux superbes pièces sculptées par M. Henri Lefebvre d'Ottawa aidé de cet étonnant personnage que fut l'abbé Joseph Laurent, professeur itinérant et omniscient s'il en fut. Cette belle chapelle où le père Goré amenait ses rhétoriciens le premier vendredi du mois, devant le Saint-Sacrement exposé, et où soudainement le Père improvisait à voix haute les plus belles méditations que j'aie jamais entendues. Chapelle d'où partait, un matin ensoleillé, la grande procession de la Fête-Dieu dominée par notre supérieur à la barbe virile. Avec cortège et sous dais, le père Droesch portait lentement l'ostensoir le long d'un parcours précis où nous avions disposé, après de longs travaux délicats, ces extraordinaires tapis faits de sciures de bois agencées en dessins multiformes et multicolores, grâce à des tamis et gabarits taillés et conservés à cette seule fin. Tapis de sciures colorées, chefs-d'oeuvre éphémères, beautés d'un jour qui pourtant durent toujours... dans ma mémoire! Voilà que mes réminiscences s'amenuisent et s'émiettent. Si je vous jetais en vrac mes fonds de tiroirs-souvenir? En supérieur qui se veut infirmier, le père Droesch parcourt militairement les dortoirs où, parfois, il trouve quelques « malades » authentiques... Érables rougis ou conifères chargés de neige, inspiration première de mes premiers vers... Cette troublante cave à vin (maison) que le frère Jean, échanson de service, garde bien cadenassée... Monumentale glissoire démontable où, en luge, nous glissions jusqu'au bout du monde... Douceur de l'increvable frère Leutfried, dit Leufroy, qu'on prétendait « baptisé dans l'eau de Cologne » (où naquit ce bel Allemand)... Forte supérieure surnommée Babe Ruth, soeur Aimée gâtait les convalescents à coup de « Corneflaques » prononcé à la française... Patinoires et ski, tennis et balle-au-mur, anneaux du saut périlleux souvent raté... Entendre le missionnaire Gérard Roy revêtir le banal « Ainsi soit-il » du seul sens qui sied... Fiévreuses séances de cinéma, en salle de récréation, où chaque film révélait invariablement un maximum de grosse action et un minimum de bel amour (ben, voyons donc!)... Au réfectoire après chaque repas l'original frère Marie-Gilles, « Ti-Potte » pour les intimes, lave ses tonnes de tasses et discute astrologie... Admirer-qu'un père Gauchet soit aussi bon photographe (nos albums regorgent de ses oeuvres) qu'élégant patineur de fantaisie... Le préfet tenu d'initialer tout livre venu de l'extérieur, en guise d'imprimatur... Charme printanier des longues rangées de serres plates et basses, à châssis vitrés, où le frère Théodore dorlotait ses primeurs potagères... La croix du chemin, face au pont Wright... Crucifiantes leçons de choses du père Ratier en Belles-Lettres, étalant au grand jour notre lamentable ignorance du français... La formatrice mais énervante lecture qu'à tour de rôle il nous fallait faire au réfectoire des pères, d'une voix mal assurée et d'une estrade trop élevée - fouilli de textes français et latins où l'hermétisme le disputait à la platitude... Obscénité involontaire des pères (français) nous traitant de « gosses »... Scatologie volontaire du servant de table Eugène Falardeau nous parlant du populaire « chiard »... Le père Peghaire qui, furtivement, demande à mon frère Paul de lui jouer du Debussy... Puissant professeur de philo que ce Peghaire qui tolérait fort bien qu'on soutienne Duns Scot contre Thomas d'Aquin, la primauté de la volonté sur l'intelligence et de la croyance sur le savoir!... Perdurable ravissement d'entendre les pères (français) voussoyer le dernier des morveux - authentique témoignage d'un respect et d'une civilité que le Québec d'aujourd'hui comprend et pratique moins que jamais... Ferveur sportive du 3 mai, fête patronale de saint Alexandre, et ferveur nationale du 24 mai, fête de Dollard... Le supplice printanier de voir défiler, juste de l'autre côté de la clôture, les belles filles d'la ville en route vers notre cabane à sucre; leur parler? mein Gott, verboten!... Grégoire Farrell qui, même couronné du prestigieux Prince-de-Galles, conserve sa fulgurante maîtrise au dactylo... Ce journal personnel que le père Goré exigeait de ses rhétoriciens et où j'osai préférer Rostand à Racine... Les éruptions oratoires d'un Pierre Lauzé, suivies des obscures clartés d'un Eugène Lavoie... Et cet autre Eugène, employé de ferme et maître-cocher du temps des sucres Eugène Lévesque dont la force herculéenne lui permet de soulever et décoincer, à lui tout seul, l'arrière-train de son énorme traîneau à deux chevaux (où l'on chargeait les tonneaux de sève)... Percevoir vaguement l'invraisemblable humilité d'un Léo Leblanc... Rire sous cape de ces conférences d'initiation sexuelle, d'accès très filtré, où chaque moment crucial se dégonflait en inévitable: « Euh, vous savez c'que j'veux dire? »... Le bel éléphant de neige « sculpté » par l'équipe Alain Brugère/Rodolphe Dumont/Eugène Lavoie... Amorce d'un contact avec le père Eugène Andlauer, être exquis et racé dont l'amitié vieillissante deviendra chose ineffable... Paul-Emile Proulx qui va secrètement enduire de dentifrice les boutons d'interrupteurs au dortoir, pour faire enrager l'exécrable surveillant qui chaque fois s'y beurre en hurlant: « Qui donc a mis de la pâte sur le piton? » |
||
|
Recherche sur ce site avec
|
|
||