Vitam impendere vero
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Le Saint-Alexandre d'il y a soixante-dix ans

4e partie

Endiguons le fleuve des souvenirs et tâchons de conclure, fût-ce de façon trop personnelle. Que tentaient de faire, au juste, les prodigieux profs Taché, Ratier, Goré, Peghaire et compagnie? À travers toutes nos activités collégiales, Saint-Alexandre cherchait essentiellement à nous enseigner l'art de devenir homme, pleinement homme de coeur, de corps, d'âme et d'esprit - des hommes adultes et donc responsables, soucieux des vraies transcendances: beauté, bonté, sagesse et amour. Avoir soif d'une liberté disciplinée; que le fameux « Consacrer sa vie à la vérité » ne soit pas simple slogan mais véritable mot d'ordre. Pour y arriver, commencer par se vider de l'absurde prétention de savoir quelque chose. (Car ne rien savoir et le savoir, c'est déjà beaucoup!) Une fois le terrain déblayé, y bâtir patiemment la maison du coeur et de l'esprit - chacun à sa façon - jusqu'à complète maturation de ses virtualités propres. Chemin faisant, accepter le terrible poids de TOUT penser et repenser pour soi, sans jactance mais sans crainte des dits, on-dit et édits d'où qu'ils viennent y compris des « chefs » temporels et spirituels. Revoir sans cesse ses propres « vérités » à la lumière de celles des autres. Bref, acquérir une fois pour toutes ce fameux esprit critique, à la fois courageux et pondéré, que tentaient de nous insuffler la rigueur d'un Peghaire alliée à la finesse d'un Goré.

En général, l'opération ne réussit qu'à force de longs efforts soutenus par une foi passionnée en Dieu et en soi, mais attention! le meilleur de soi, celui qui se manifeste plus ou moins consciemment par la langue et la culture. Hélas, la plupart d'entre nous ne voient même pas que la langue constitue - et à proprement parler - l'étincelle de divinité qui affleure dans l'homme. Aussi, pour nous au Québec, la langue et la culture françaises sont-elles la principale composante de notre personnalité collective. (À ceux qui regimbent je rappelle qu'être français n'est pas nécessairement d'être Français... ) Par ailleurs, personnalité collective fortement marquée au coin du spirituel - un spirituel qui pourra parfois varier d'espèce, d'allégeance, mais jamais d'intensité. Que là résident le bonheur et l'avenir de l'homme québécois - comme de l'Homme tout court - demeure vrai au point où tout le reste - argent, pouvoir, carrière, succès - sont comme n'étant pas... Ce qui n'exclut en rien (bien au contraire!) un constant émerveillement devant la compagne, les enfants, l'ami fidèle, un bon vin et une belle musique, notre soeur l'eau et notre frère le soleil. Notamment de ce soleil couchant que nous goûtions parfois au Collège quand, rassemblés autour de la Grotte et de son ruisselet, nous entonnions à pleins poumons le chant à la Vierge:

L'ombre s'étend sur la terre,
Vois tes enfants de retour
À tes pieds, auguste Mère,
Pour t'offrir la fin du jour.
O Vierge tutélaire,
O notre unique espoir,
Entends notre prière
La prière et le chant du soir!

Jean-François Pelletier
élève de 1931 à 1939, membre du conventum 1937-1987.

P.S. Mes excuses à ceux que j'aurais blessés en les omettant de ce faux palmarès des « gloires de l'escole ». Mon coeur, lui, se souvient. Puis, se redire le mot mélancolique de Peghaire: la mémoire, c'est la faculté d'oublier...

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