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Genèse d'une décision

Comment Mgr LeRoy est arrivé à lancer le P. Amet Limbour sur des chemins « canadiens », à la recherche d'une grande propriété « terrienne ».
(cf « Mes Souvenirs », 1934)

Avant de lui donner la parole sur ce sujet, un court rappel historique, situant le contexte de cette décision, paraît utile. Au tournant du siècle, vers 1900, une loi française du Conseil d'État (loi Combes), dite « loi des Associations », est promulguée sous une poussée notoire d'anticléricalisme. À cette loi devaient se soumettre les Instituts religieux, autrement ils étaient abolis. Suite à cette proclamation, les Spiritains se sont vus obligés de fermer 12 de leurs établissements, dont la plupart étaient orientés vers l'actualisation de leur mission apostolique (14 février 1901). Ils connurent tous, cependant, une fin heureuse; ce qui faisait dire à Mgr LeRoy: « En résumé, une providentielle solution a été donnée à cette affaire... »

Cependant, « restait à trouver », affirmera-t-il, « l'emploi des 300 membres de la Congrégation des maisons supprimées. » Qu'en faire? En un temps relativement court, ils furent dispersés dans nos oeuvres d'Europe, d'Afrique et d'Amérique sans qu'aucun eut la simple pensée d'opposer une parole de résistance. Et, à cette occasion je reçus avec une intime satisfaction pour notre bon esprit, cet aveu d'un Père franciscain: « Passer d'une Province dans une autre avec une pareille facilité, jamais nous ne l'aurions obtenu chez nous! »...

Il me restait encore un certain nombre d'entre eux de disponibles.

Je vis Mme Lebaudy: « Vous m'aviez confié, lui dis-je, que vous aimeriez fonder une oeuvre au Canada pour y recevoir et acclimater les jeunes qui désireraient aller s'y établir et y avoir une liberté qu'on ne trouve plus en France. Eh! Bien, j'ai maintenant le personnel nécessaire et je le mets volontiers à votre disposition ».

« Parfait, me répondit-elle, trouvez-moi une belle propriété pour y établir une grande École d'agriculture ».

Nous avions alors le Père Limbour, en voyage aux États-unis. Je lui dis de passer au Canada et d'y chercher une belle propriété à vendre en lui disant que j'étais en mesure d'acheter ce qu'il trouverait de plus beau, grâce à une tante éloignée qui mettait à ma disposition tout l'argent nécessaire. Peu de temps après, le P. Limbour me fit parvenir deux rapports.

Mme Lebaudy se détermina pour un magnifique domaine situé près d'Ottawa, sur la Gatineau. C'était cher: 100,000 dollars.

La tante « éloignée » en donna 200,000 (un million de francs), pour la propriété Wright et les constructions nécessaires. Et c'est ainsi qu'est né Saint-Alexandre de la Gatineau, domaine immense, couvert en partie de belle forêt de pins et d'érables, et qui, plus tard, pourra être loti et vendu.

« En résumé, Combes et ses complices pensaient nous faire beaucoup de mal; ils nous ont fait beaucoup de bien. Ainsi, la Congrégation, supprimée pendant six mois, a été finalement et définitivement reconnue par un acte positif du Conseil d'État ».

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